CE QUI CONSTITUE UNE VRAIE AVANCÉE
Il y a plusieurs changements par rapport à la situation précédente :
- Pour la première fois, la France dispose d’une stratégie nationale dédiée à l’ess, avec une feuille de route structurée autour de 5 axes, 28 orientations et 108 actions ;
- L’ESS est davantage intégrée à la politique économique générale : financement, transitions écologiques, développement territorial, emploi, attractivité, etc ;
- Il existe désormais des objectifs chiffrés : passer à 15 % de l’emploi privé, atteindre 3 500 structures agréées ESUS et 1,5 milliard d’euros d’épargne collectée par les entreprises solidaires d’ici 2030 ;
- La stratégie prévoit un suivi annuel et une clause de revoyure en 2030 ;
- La méthode d’élaboration a été significative : 70 consultations nationales, 18 consultations régionales et près de 2 000 contributions citoyennes ont été mobilisées.
MAIS LE PRINCIPAL PROBLÈME EST CELUI DES MOYENS
La stratégie affirme vouloir « sécuriser les financements » de l’ESS. Or la situation économique des structures reste tendue. En 2025, l’ESS a perdu 10 447 emplois, essentiellement dans les associations et les mutuelles (Avise). Et la Cour des comptes, dans son rapport de 2025, pointait déjà plusieurs faiblesses structurelles : la part de l’ESS dans l’emploi salarié était restée relativement stable, autour de 10 %, l’agrément ESUS s’était peu développé et le suivi statistique de l’ESS demeurait insuffisant. Autrement dit, il existe un écart entre l’ambition affichée et la capacité financière à la mettre en œuvre.
UN POINT RÉVÉLATEUR
La stratégie fixe par exemple comme objectif 15 % de l’emploi privé pour l’ESS. Or l’ESS représente déjà 13,7 % de l’emploi privé selon la DG Trésor. Passer de 13,7 % à 15 % est donc un objectif mesurable, mais ce n’est pas un changement d’échelle gigantesque en soi. Les véritables questions seraient plutôt : quelle qualité d’emploi, quels financements pérennes, quelle autonomie des structures et quelle capacité à développer de nouvelles activités ?
Certes la stratégie nationale annoncée est une avancée institutionnelle et stratégique réelle mais pas encore une preuve d’une transformation de l’ESS. Le véritable test sera budgétaire et opérationnel : les 108 actions seront-elles financées ? Les collectivités auront-elles les moyens de les appliquer ? Les associations bénéficieront-elles de financements pluriannuels plutôt que de financements précaires ? L’ESS gagnera-t-elle effectivement des emplois et des capacités d’investissement ?